Powerpoint ou Prezi : la collaboration

Mettre en oeuvre une présentation Prezi n’est pas toujours facile comparé à Powerpoint, mais avec un peu de temps et d’acharnement, tout est possible. Ce qui est plus difficile en revanche, c’est la collaboration, étape souvent indispensable dans la création d’une présentation.

Comme je le dis souvent, une présentation Powerpoint, si on reste aux basics, est instantanément modifiable par n’importe qui. La seule requête à envisager auprès d’un collègue est la suivante :

« Michel, je t’envoie la prez, tu veux bien faire les modifs, please… »

C’est aussi simple que ça. A moins d’avoir une présentation élaborée par un maniaque de l’empilement d’animations ayant tenté de créer toute la présentation dans une seule slide, mais c’est un autre sujet, la tâche est compréhensible et exécutable.

En utilisant Prezi, vous êtes soudain face à une tâche beaucoup plus ardue. Vous êtes tout d’abord soumis à l’achat de la licence. Rien de catastrophique, en fonction de vos besoins, vous devez débourser entre 7€ et 59€ par mois et par utilisateur. Il est vrai que la licence à 59 multipliée par 12, ça commence à chiffrer. Allez, je vous évite le calcul mental, 708€ par an. Oui, oui, je sais, ça pique un peu. Mais comparé au temps que vous allez passer dessus, je vous assure que c’est vite rentable.

Bref, vous avez acquis la licence, vous avez élaboré une belle présentation… heu…je veux dire un belle… hum ! Comment on dit déjà ? Une belle Prezitation…? Ok, ok, un beau Prezi, plein de zoom, re-zoom, sur-zoom, flashback, flashforward, retour vers le futur. Et voilà, la réunion, c’est demain. Demain ??? Et oui mon pote, demain !

Panique en cuisine, vous revenez à vos vieux schémas bien ancrés dans votre subconscient d’artisan Powerpointiste. Mais oui, bon sens, Michel. Michel, le roi des modifs… Ce type qui manie le « Click Here to Add Title » comme un samouraï débitant une pastèque. Ce génie de la suite office, dompteur de slide, magicien du bullet point, artiste du clipart. Michel… Le Prophète !!! Attention, vous vous emballez, même s’il est vrai qu’il vous a sorti plus d’une fois de situations plus que limites.

Retour à la réalité. Prenant une large bouffée d’air dans le poumon gauche, réservant le droit pour plus tard, vous activez votre botte secrète, la phrase enchantée, avec la fermeté et le détachement indispensables pour maquiller l’urgence de la situation :

– Vous :« Michel, je t’envoie le Prezi, tu fais les modifs, please…. »

Vous avez à peine terminé d’exprimer votre requête, qu’une sensation de vide sidéral vous envahi. Un zoom compensé hitchcockien dont le vertige fait apparaitre sur votre front une goutte de sueur qui trahi instantanément votre angoisse. Les mots « je t’envoie le Prezi » résonnent en écho dans votre boite crânienne. Vous vous précipitez sur votre ordinateur portable encore chaud, cliquez sur le dossier dans lequel vous avez enregistré votre travail, parcourez rapidement les fichiers. Les plans s’enchainent à vive allure, puis dans un zoom lent et dramatique, sur une musique aux accords dissonants, à travers la goutte de sueur qui vient d’inonder votre pupille droite, vous découvrez le nombre 254Mo dans la colonne du poids des fichiers. « je t’envoie le Prezi » n’est plus jouable. Pas grave. C’est déjà arrivé avec des Powerpoint trop lourds, même si dans Powerpoint on a des outils pour compresser tout ça. On va contourner.

Apparemment Michel n’était pas dans son bureau à la première tentative. Rien n’est perdu. Solution, passer par le serveur. Copier, coller. Vous entendez au ralenti les pas de Michel dans le couloir. Barre de progression 30%. Chaque pas ponctue l’avancement du processus, comme un métronome. 62%. Ils sont en phase, synchrones. On se détend. Cette deuxième tentative doit être la bonne. 75%, 19 heures. Ce soir c’est la finale de Kholanta, vous ne pouvez pas rater ça. Avec la pluie ça risque de coincer à la Concorde, pas le choix, cette fois il faut que ça marche. Vous enclanchez le processus « poumon droit », et vous pensez que vous avez été malin de l’économiser. 94%, c’est le moment. Décontraction de la trachée, inspiration profonde. 97%. Michel vient de passer l’armoire du coin Est de l’open space. Il se dirige vers son bureau. Le timing est crucial, vous devez le cueillir au bon moment, avec un naturel sans faille et une détermination à toute épreuve. 100%. DING! Aïe! Michel se fige. C’était pas prévu. Vous bloquez votre inspiration. Plus rien ne bouge. Fausse alerte, il reprend le cours de sa vie vers son fauteuil. C’est maintenant ou jamais. Surtout ne pas bafouiller. Rester simple, précis.

– Vous :« Michel, je te mets le Prezi sur le serveur, tu fais les modifs, please…. »
– Michel (interdit): « le quoi??? »

Patatra! C’est mal parti, vous esquivez.
– Vous : « Le Prezi!!! »
– Michel (muet): « … »

Re-Patatra! Vous tentez de dédramatiser.
– Vous : « Mais si…tu sais…le nouveau truc pour les prez… »
– Michel : « Haaaa….! »
– Vous (comme si de rien était): « Il te faut une licence? »

Tout ce joue maintenant.
– Michel : « Heu…vaut mieux que tu t’en occupes, j’ai deux Powerpoint à modifier. C’est plié dans un quart d’heure, et ce soir y a Koh-Lanta »

Game over. 

Analysons la situation. Powerpoint, malgré souvent une mauvaise presse, comporte un avantage majeur sur ses concurrents, c’est son déploiement international et sa notoriété. Il est vrai qu’il comporte un certain nombre de défauts, mais le moins qu’on puisse dire c’est que tout le monde l’a, et que tout le monde s’en sert. C’est un peu comme cette unique route, tortueuse et jonchée de nids de poules, qui vous mène vers ce charmant hameau que vous aimez bien. Le chemin n’est pas idéal, mais il vous conduit à coup sûr à destination. Vous pourriez aussi essayer de couper à travers champs, certains l’on fait, mais vous arriverez peut-être après le dessert, et qui sait qui vous suivra ? Alors, bien sûr, il faut essayer ce qui est nouveau, ne pas avoir peur de l’inconnu, mais quand il y a une urgence, ce n’est pas forcément le bon moment pour tenter l’aventure.

Michel a mis son manteau, et vient de sortir de l’open-space en éteignant machinalement l’éclairage général. Vous êtes maintenant dans le noir, ébloui par la seule lumière de votre écran, et pour un bon moment.


– Vous : « MERCI QUAND MÊME POUR LA LUMIERE… »

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